
Contre Terre, explorer le pli des territoires
« Si je plonge la tête dans le sol, que je creuse la terre en ligne droite jusqu’à traverser le noyau terrestre et que je ressors de l’autre côté, je vois quoi ? »
Démarche
Recherche par la création, entre géographie et arts visuels
Terrains
La Manche, au large du Cotentin, et les îles des Antipodes, en Nouvelle-Zélande
Formes
Cartographie, objets, vidéo documentaire, archives fictives
Porteurs
Guillaume Lepoix, plasticien
Richard Pereira de Moura, géographe
Le projet
Un récit d’exploration, entre observation du réel et représentation.
Au large des côtes normandes existe une île inconnue qui n’a jamais été décrite. Et pour cause, elle n’existe pas. Ou plutôt si, mais pas au sens habituel. Pour la voir, ou mieux encore l’arpenter, il faut admettre la possibilité d’une île en relation avec une autre, située à l’autre extrémité du globe.
Une île jamais décrite
Contre Terre est un projet artistique qui prend pour point de départ une situation géographique singulière reliant la France et la Nouvelle-Zélande. Au large de la Nouvelle-Zélande se trouve l’archipel des îles des Antipodes, découvert en 1800 par l’officier anglais Henry Waterhouse. Leur nom fait référence à l’idée qu’elles seraient situées à l’opposé de Greenwich, alors considéré comme le point de référence de la mesure des longitudes. Leur véritable antipode se situe pourtant en France, à la Pointe de Barfleur, dans le Cotentin.
Les deux îles
Un double inversé, relié par une ligne invisible qui passe par le noyau de la Terre.
Contours simplifiés d’après OpenStreetMap (jeu geo-maps, 10 m). Coordonnées calculées au centre de l’île principale.
L’erreur de Waterhouse
Cette correspondance constitue le point de départ de notre recherche : deux territoires situés aux deux extrémités du globe, reliés par une même ligne passant par le centre de la Terre. Contre Terre s’intéresse à ce que cette situation révèle de notre manière de représenter et de raconter les territoires. L’histoire des îles des Antipodes est liée à celle des grandes explorations européennes, à la production des cartes et à la volonté de combler les « blancs » du monde. Leur nom témoigne lui-même d’une manière de regarder un territoire depuis un autre lieu, à travers un système de représentation qui lui est extérieur, inscrit notamment dans l’histoire coloniale.

Une brèche pour de nouveaux récits
Deux siècles plus tard, nous repartons de cette histoire pour produire de nouveaux récits géographiques. Le projet suppose l’existence de l’« antipode des antipodes » : une île située exactement sous nos pieds, de l’autre côté du globe, qui aurait toujours existé mais n’aurait jamais été décrite. Cette fiction devient un outil de recherche et d’exploration artistique. Elle permet de mettre en regard l’île réelle des Antipodes et l’île de la Contre Terre, et de faire travailler ensemble l’ici et l’ailleurs, la réalité et sa représentation, la géographie et l’imaginaire.
Le projet est porté par un géographe et un plasticien dont le travail s’intéresse à la rencontre entre mondes naturels et numériques. Il prend la forme d’un récit d’exploration associant recherches, explorations et créations : relevés de terrain, cartographies, images, vidéos, entretiens avec les populations locales et archives fictives. Cette démarche est soutenue par une forme de fascination : pouvoir fouler le point le plus lointain où il est possible d’aller depuis l’ici et maintenant.

Comment être à la fois des deux côtés du miroir ?
Comment rendre compte des effets de correspondance entre ce qui se passe ici, et ce qui se passe là-bas ?
Comment développer des représentations de la Terre qui, sans faire l’impasse sur sa rotondité, pourrait passer par son centre ?
Comment donner à voir ce que pourrait être un antipode ?
Comment donner à ressentir le monde que l’on a sous les pieds, mais qui n’existe pas encore ?
Créations
Les formes produites et en cours de production. Chaque création a sa page.
Réalisée
Entre les deux, le globe
Un ensemble de profils d’îles met en regard la Contre Terre et l’île des Antipodes, son double inversé de l’autre côté du globe.
Réalisée
La carte de la Contre Terre
Premier point d’ancrage de l’exploration : les contours de l’île des Antipodes, avec les données de sa localisation dans la Manche.
Visuel à venir
En développement
Globe creux
Une pièce sculpturale qui prolonge l’idée d’une Terre traversée en ligne droite par son centre, entre céramique et verre.
Visuel à venir
En développement
Waterhouse
Une micro-architecture flottante inspirée d’une cabane bien réelle : la Castaway Hut, dépôt de vivres construit à la fin du XIXe siècle sur l’île des Antipodes. Reconstruite d’après les archives, elle sera installée dans la Manche, à l’exact antipode de la cabane d’origine. Construire cette cabane, c’est fabriquer la preuve matérielle d’un territoire qui n’existe pas.
Conférences et publications
Prises de parole et parutions autour du projet.
3 octobre 2026Conférence-débat
Biennale de cartographie #4
Conférence sur Contre Terre par Richard Pereira de Moura et Guillaume Lepoix, à La Condition Publique, Roubaix.
2 décembre 2025Rencontre, table ronde
Contre Terre, explorer le pli des territoires
Rencontre avec Richard Pereira de Moura et Guillaume Lepoix, dans le cadre du programme FRESH consacré à la cartographie sensible. Maison de la Recherche en Sciences Humaines, CNRS et Université de Caen Normandie. Voir l’événement
EntretienPublication
Contre Terre, sur visionscarto
Entretien sur la fabrication de la carte, avec la coordination éditoriale de Philippe Rekacewicz et Cristina Del Biaggio. Lire l’entretien
Équipe
Un duo qui articule géographie et arts visuels.

Richard Pereira de Moura
Artiste et géographe, Richard Pereira de Moura développe une pratique centrée sur l’observation et l’expérimentation des territoires habités. Ses projets prennent généralement appui sur des matériaux issus du réel (documents, cartographies, entretiens, récits et archives) qu’il recompose ensuite sous forme de dispositifs artistiques, entre enquête, fiction et production plastique. Son travail se construit à partir de résidences et de contextes situés où il explore les relations entre pratiques spatiales, représentations et récits locaux. Son travail se décline également sous une forme pédagogique dans l’enseignement au sein des universités et écoles d’art et de design. En 2020, il publie Design des territoires : l’enseignement de la biorégion, issu d’un programme de recherche-création mené à l’École supérieure d’art et de design de Valenciennes.
Guillaume Lepoix
Artiste plasticien, Guillaume Lepoix aborde les notions de sciences, de mythes et de paysage comme matière à explorer et s’efforce de développer sa recherche en résonance avec les enjeux écologiques et artistiques contemporains. La rencontre avec un territoire et les êtres qui l’habitent est souvent le point de départ de son travail et c’est elle qui engendre de nouvelles pistes d’expérimentations. Il s’applique aussi à croiser les autres champs de la recherche et à puiser ses références dans les sciences naturelles, physiques et humaines. Bien que relativement ouvertes, ses créations interrogent fréquemment les rapports subtils que peuvent entretenir le monde numérique et le monde naturel. Guillaume Lepoix développe ses projets via des résidences d’artistes et des expositions en France et à l’étranger depuis 2012.
Contact
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Guillaume Lepoix
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